Fédération Française de Spéléologie

LE PLATEAU DU VAUCLUSE, APERCU KARSTOLOGIQUE - D'après Robert Russ

1. PRÉSENTATION GÉNÉRALE

 


Le massif où nous nous trouvons est composé de plusieurs unités rattachées sous le nom de Mont de Vaucluse. II s'agit: du Ventoux et de ses contreforts, le plateau d' Albion, la chaîne qui le borde, la montagne de Lure et le pays de Sault jusqu'à la Fontaine de Vaucluse qui est la résurgence du massif.
Le point culminant est le mont Ventoux à 1909 m, la chaîne d'Albion culmine à 1414 m et Lure à 1826 m tandis que le plateau d'Albion a une altitude moyenne de 800 m.
Les monts du Vaucluse vers la Fontaine oscillent entre 300 et 600 m. Le massif reçoit environ 1500 mm d'eau sur les sommets pour 600 mm dans les zones plus basses.

2. LA MISE EN PLACE DU MASSIF

 


Au Jurassique, comprise dans un vaste bassin calme, cette région a vu se développer, la subsidence aidant, d'énorme quantité de calcaires, marnes et argiles (plus de 1000 m d'épaisseur).
Au début du Crétacé, par le jeu de grandes failles, de hauts-fonds vont se créer permettant la mise en place de récifs coralliens. C'est le faciès urgonien d'Orgon (localité-type)..
Au milieu du Crétacé (100 millions d'années), certaines zones de calcaire sont soulevées avec re-jeu des accidents est-ouest.
L'ébauche de la chaîne Ventoux - Lure apparaît et elle est déjà attaquée par l'érosion; Les marnes gargassiennes disparaissent tandis que la sédimentation continue dans les vallées environnantes (sables et marnes de l'Albien et du Cénomanien).

3. HYDROLOGIE

 


Le potentiel de karstification du massif est de l000-l500 mètres, elle est plus forte à l'ouest qu'au nord-est. Les passées marneuses, à cause de la fracturation, ne constituent pas une limite étanche mais à la base du Crétacé et de lacon uniforme, une couche marneuse importante rend le massif imperméable.
Les circulations aériennes sont devenues inexistantes sauf en cas de fortes précipitations. Cependant, sur- les fossés d'effondrement il existe des circulations qui se perdent au contact des calcaires (la Nesque).
Le pendage vers le sud- ouest, le niveau étanche de Crétacé inférieur, la faille de Fontaine de Vaucluse contribue à la mise en place d'une exsurgence unique, la Fontaine de Vaucluse.
Cette source a donné son nom au département et sert de modèle à tous les exutoires qui fonctionnent sur le même schéma : source vauclusienne.

4. LE BASSIN D'ALIMENTATION

 


Cerné petit à petit, ce bassin couvre une surface de 1100 kilomètres carré. Divers moyens ont permis de le préciser : le cheminement de l'eau grâce aux colorations. L'unique résurgence est la Fontaine de Vaucluse dont le volume débité est estimé à 700 millions de mètres cube par an. Les écarts de débit sont pour un débit moyen de 18,8 m/3 seconde, à l'étiage de 4 m/3 seconde et pour les grosses crues à 80 m/3 seconde. L'ablation karstique, tant en surface que sous terre, est énorme, elle est de 45 m3/Km²/an.

Les colorations :
Le Caladaire                                40 Km en 92 jours
Le Jean Nouveau                          24 km en 83 jours
La belette                                    46 Km en 26 jours
Le château                                  30 Km en 6 jours, vraisemblablement un affluent du Souffleur


Toutes ces colorations ont été effectuées avec de l'Uranine.

5. LE CHEMINEMENT DE L'EAU

 


                Plusieurs hypothèses on été lancées quant à l'alimentation de la fontaine. Cela peut être une perte du Rhône, ou une alimentation par les glaciers des Alpes, ou encore une perte de la Durance eu niveau de Sisteron.
                En fait il s'agit seulement des précipitations reçues sur le massif (1100 Km) et de l'eau de condensation dans les cavités. Le reste n'est qu'une question de mise en réserve, de circulation à l'intérieur du massif.
Les cavités principales :

 

 

  •                 Le Souffleur : -792 m
  •                 L'Autran : -650 m
  •                 Le Jean Nouveau : -573 m
  •                 Le Caladaire : -663 m

6. HISTORIQUE DE LA KARSTIFICATION

 


En ce qui concerne l'histoire du karst, on peut distinguer 3 ou 4 phases importantes :
Nous avons vu qu'il y avait un bassin de subsidence où s'étaient déposées d'énormes couches de calcaire. ;


1. Au Crétacé (110 millions d'années), le bassin se soulève pour créer le massif. La karstification commence en climat tropical, chaud et humide. Les bauxites fossilisent par endroits ces karsts. Une période de déformation s'ensuit qui gauchit les karsts et les fractures. La chaîne du Ventoux est ébauchée.
Les écoulements se font sud nord. La Méditerranée s'ouvre, le massif subit une phase distensive. Des effondrements apparaissent (Sault, Javon, Banon), cette phase va durer jusqu'au miocène inférieur (20 millions d'année).
Le plissement alpin débute et va de nouveau exhausser le massif.
Une phase compressive débute, les anciennes failles rejouent Le climat chaud et humide favorise une intense karstification. Les réseaux sous terrains sont à gros volume- A I'oligocène (40 millions d'année) 600 m de calcaire avait delà été détruits.


2. Dès le Miocène supérieur (6,5 millions d'années) un événement important va avoir lieu : Pendant la courte période du Messinien,.de 6,5 à 5,3 millions d'année, la Méditerranée va brutalement se fermer et s'assécher. Cette phase de compression va faire chevaucher le Ventoux au Nord et le Lubéron au Sud. Le niveau de base avant considérablement baissé, la karstification est réactivée.
Les drainages s' inversent NORD-SUD, les creusements sont très verticaux.
Des réseaux sont réactivés, d'autres recoupés par des verticales importantes.
C'est la première phase de creusement des canyons; certaines cavités colmatées sont "vidangées". L'ouverture du détroit de Gibraltar amène une transgression brutale (+200 m dans la vallée du Rhône ). Des karsts profonds sont ennoyés ou remblavés, le niveau de base remontant, la karstification est ralentie. C'est une phase de tectonique compressive : les Alpes continuent à se soulever, le climat chaud et humide permet la formation de grandes dolines. La couverture est altérée : formations résiduelles rouges (terra rossa). Le concrétionnement est important les rivières poursuivent le colmatage de leurs lits. Les mont, de Vaucluse se soulèvent.

3. Quaternaire au pliocène supérieur (3,7 à 1,8 millions d'années). C'est une période d'instabilité tectonique. Le climat permet une reprise de la karstification : c'est la deuxième phase des creusements des canyons: lus cavités sont reprises, rajeunies, mais sur le canevas des accidents anciens. Le climat évolue vers l'actuel.²Les influences des glaciations sur le karst sont importantes : outre la tectonique qui évolue entre compression et distension, les volumes d'eau change selon le climat. Les réseaux se fossilisent, le concrétionnement est intense, les réseaux et les reliefs sont fortement incises, les canyons approfondis et les cavités vidangées. La transgression marine continue, ennoyant le karst littoral (grotte Cosquer). Les éboulements dus à la tectonique sont imposants : grands chaos de blocs, recul des parois.

© copyright Fédération française de spéléologie 1999 - 2009