Fédération Française de Spéléologie

L'ours brun en Vaucluse

Le Vaucluse paléontologique

Si nous n’avions pas la chance d’avoir les nombreux fossiles trouvés dans les sites préhistoriques et paléontologiques qui émaillent les flancs du  Mont Ventoux et ses environs, il serait difficile de s’imaginer la richesse faunique de cette zone au cours du temps. Dans les paysages anthropisés qui sont les nôtres aujourd’hui, il y a peu de place pour la faune sauvage et encore moins pour les prédateurs. Ce ne fût pas toujours le cas, surtout lorsque l’Homme réduisait ses activités à la chasse et à la cueillette, ce qui n’avait aucun impact sur l’évolution des milieux et des espèces animales. Mais depuis quelques 10 000 ans la modification de son mode de vie, devenu sédentaire avec des activités d’élevage et de culture, ainsi que le grand bouleversement qu’a été le réchauffement climatique de l’Holocène ont changé la donne.   

 

L’ours brun vauclusien, une référence internationale

De nombreuses cavités ont été répertoriées ces dernières années par le Groupe spéléologique de Carpentras sur le flanc nord du Ventoux. Situées en altitude, à la limite de l'étage subalpin et de l'étage pseudo alpin, la plupart sont des galeries aboutissant à des puits d’une profondeur variant entre 3 et 100 mètres. Dix sept d’entre elles ont livré une riche faune et trois ont fait l’objet de fouilles méthodiques et/ou de sondages. Les galeries ont été utilisées comme repaire par les carnivores (loup, renard, blaireau, martre, fouine), ou comme lieu d’hibernation par l’ours brun, Ursus arctos. Les avens ont une fonctionnalité de piège pour cette espèce grosso modo du début du Néolithique (- 7.000 ans avant Jésus-Christ) au Moyen-Âge (900 après Jésus-Christ).

 

Nous avons là des gisements d’exception qui comblent nos lacunes sur la mise en place de la faune sauvage de la Provence occidentale. En effet, la faune retrouvée est d’une incroyable richesse : une cinquantaine d’espèces sauvages de mammifères a été identifiée ainsi que des oiseaux, des amphibiens, des reptiles et même des gastéropodes ! C’est l’ours brun qui a laissé le plus de restes. A ce jour, il est fait état de 500 à 600 individus, toutes tranches d’âge confondues.  

 

Or s’il est connu depuis presque 800 000 ans, l’ours brun est toujours rare dans les gisements européens. Ce ne sont à chaque fois que quelques restes fragmentés qui sont mis au jour, bien peu de choses en comparaison des quelques … 40 000 ossements de l’aven René Jean ! Leur analyse a permis : Ø De mieux caractériser l’espèce (mode de croissance, formule dentaire, âge biologique, dimorphisme sexuel, ADN, isotopes, pathologie) Ø De définir  l’origine des accumulations osseuses observées en relation avec le mode de vie de l’espèce et la morphologie des cavités.  

 

L'ours brun Vauclusien au cours du temps

Avant 1996, l’ours brun était mal représenté dans les séries fossiles des nombreux sites archéologiques et paléontologiques du Vaucluse. Les cavités les plus anciennes, dont les remplissages sont évalués à environ 120 000 ans, sont connues dans la vallée de l’Ouvèze au Grand abri aux Puces et à la grotte de La Masque (Entrechaux). L’espèce est ensuite repérée vers -100 000 ans, dans les niveaux supérieurs du Bau de l’Aubesier (Monieux), sur la rive gauche des gorges de La Nesque. Plus au Sud, on la trouve à la grotte de Vallescure (Saumanes) et à la Baume des Peyrards (Buoux) vers – 40 000 ans ainsi qu’à la Baume Troucade (Murs), gisement dont la datation est imprécise. Sa trace est ensuite perdue. Il faut attendre l’Holocène pour la retrouver :  à Avignon dans des niveaux du Campaniforme. Plus récemment elle a été identifiée à la Clairière (La Roque-sur-Pernes) dans des niveaux du Néolithique ainsi qu’à l’aven des Contadoux (ou aven du Chat ; Sault) qui est contemporain de l’âge du Bronze. Rappelons que la dernière observation de l’espèce dans les Alpes françaises se situe vers 1937, dans le Vercors.  Pour le Vaucluse, c’est au Moyen-Âge que l’on cesse de trouver les indices de sa présence, au Ventoux mais aussi au Luberon. Il est rapporté comme abondant au Haut Moyen-âge à proximité du Ventoux « en pays d’Albion ».    

 

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